Dans les textes de Mme Ibovi, il y a ce réalisme saisissant, presque brut, qui nous donne l’impression de reconnaître un coin de notre rue, un visage familier, une situation déjà observée. Son écriture ancrée dans le quotidien crée un effet de proximité troublant : ce qu’elle décrit ne relève pas de la fiction lointaine, mais d’une réalité tangible.
Depuis quelque temps, l’auteure explore les eaux du roman policier. Avec Le cadavre du fleuve, elle nous entraîne au cœur d’une enquête menée par la commandante de police criminelle Magali Foundou et son équipe. Il s’agit d’élucider le meurtre d’un ancien truand reconverti en homme respectable après avoir investi dans les cercles de jeux. Le corps de ce « grand maître » est retrouvé au bord du fleuve, un décor à la fois symbolique et inquiétant, qui donne le ton du récit.
Comme dans toute enquête criminelle, la question centrale demeure : qui a tué ? Mais l’affaire se révèle être un véritable casse-tête. La victime, homme de réseaux, évoluait dans des sphères complexes où intérêts financiers, alliances obscures et rivalités anciennes s’entremêlent. Les pistes se multiplient, les suspects aussi.
Il faut souligner la justesse avec laquelle l’auteure décrit la procédure policière. L’enquête est menée avec minutie : investigations sur le terrain, interrogatoires de proximité, travail rigoureux de la médecin légiste et de l’équipe scientifique. Cette précision renforce la crédibilité du récit et plonge le lecteur dans les rouages concrets de la police criminelle.
Mais ce qui retient particulièrement l’attention, c’est le personnage de Magali Foundou. Acharnée, résolue, convaincue, elle s’impose dans un univers professionnel souvent dominé par les hommes. Et surprise : elle revendique ouvertement sa posture féministe. Elle défend la cause des femmes sans détour, affirmant ses convictions dans ses paroles comme dans ses actes. Ce trait donne au personnage une profondeur supplémentaire et inscrit le roman dans une réflexion plus large sur la place des femmes dans les institutions et dans la société.
Avec Le cadavre du fleuve, Marie-Françoise Ibovi confirme sa capacité à allier réalisme social et tension policière, tout en mettant en scène des figures féminines fortes et engagées.
Références
Ibovi, M.-F. (2023). Le cadavre du fleuve. Les Lettres Mouchétées.
Sarah Balogun







