Dorothy Rhau possède une manière unique d’habiter le monde, qui ne ressemble à celle de personne d’autre. Elle rayonne d’une chaleur préalable à la parole, d’un rire qui n’a jamais appris à s’excuser et d’un regard profond qui semble percevoir véritablement les gens. Née à Montréal en 1973, dans une famille haïtienne où les mots sont des outils de survie autant que des expressions d’affection, elle comprend très tôt que sa voix a le pouvoir de faire une différence. Pas seulement pour s’amuser, mais pour unir, pour émouvoir, pour ouvrir des voies que d’autres ferment précipitamment.
Avant de devenir humoriste, entrepreneure sociale et figure incontournable du leadership féminin noir au Québec, elle suit le chemin raisonnable : elle étudie en administration à McGill, puis passe en ressources humaines et vit une existence stable. Mais la radio la rattrape. Dans le studio de Session Soul, elle découvre un endroit où sa curiosité et son empathie se transforment en outils professionnels. Une rencontre avec François Avard sert de catalyseur : elle ose enfin considérer l’humour. Elle s’inscrit à des cours du soir, affronte sa peur du ridicule, réalise qu’elle a le droit d’être amusante, le droit d’être visible, le droit d’être elle-même.
L’École nationale de l’humour l’a accueilli à bras ouverts, et Boucar Diouf l’a invité à faire sa première partie au Gesù. Ce soir-là, alors qu’elle présente « Le Goudougoudou » un numéro sur le tremblement de terre en Haïti, elle comprend que l’humour peut être un acte de mémoire, un geste de solidarité, une façon de rester debout en dépit de la douleur. Mais elle comprend aussi que sa mission dépasse la scène. Elle refuse que les femmes noires soient reléguées à l’invisibilité, à l’isolement et à la fragmentation. Elle veut créer des espaces où elles peuvent se voir, se reconnaître, se célébrer.
C’est ainsi qu’elle a fondé le Salon international de la femme noire, un événement qui est devenu un phare. Un lieu où les femmes noires ne sont plus des exceptions, mais la norme. Où leur leadership n’a pas besoin d’être justifié, mais simplement déployé. Dorothy Rhau personnifie un leadership qui ne vise pas la célébrité, mais qui la diffuse. Elle construit des cercles, plutôt que des estrades, des plateformes plutôt que des piédestaux. Elle s’engage fermement dans la conviction que l’engagement n’est pas une fonction, mais une façon d’être dans le monde. Aujourd’hui, elle continue d’être l’une des voix les plus influentes du changement social au Québec, une femme qui transforme chaque indignation en action et chaque action en mouvement.

Heidi Provencher







