Lorsqu’on évoque Fabienne Colas, on pense immédiatement aux festivals. Celui du film black de Montréal, celui d’Haïti, celui de Toronto, celui de Halifax. Une constellation d’événements qui, ensemble, forment aujourd’hui le plus grand réseau de festivals dédiés aux voix noires dans le monde. Mais derrière cette structure impressionnante se trouve une trajectoire personnelle marquée par la persévérance, la vision et une volonté de combler un vide.
Née en Haïti, Fabienne Colas arrive au Québec au début des années 2000. Elle est alors actrice, formée au pays, déjà reconnue pour son rôle dans Barikad. Mais une fois à Montréal, elle se heurte à une réalité brutale : les rôles pour les artistes noirs sont rares, souvent stéréotypés, parfois inexistants. Elle comprend rapidement que si elle veut évoluer dans un milieu qui lui ressemble, il faudra le créer. Cette prise de conscience devient le point de départ d’un engagement qui ne cessera plus de s’amplifier.
En 2005, elle fonde le Festival International du Film Black de Montréal. L’objectif est simple, mais ambitieux : offrir une plateforme aux cinéastes noirs du monde entier, et permettre au public québécois de découvrir des œuvres qu’il n’aurait jamais vues autrement. Le festival commence modestement, avec peu de moyens, beaucoup de bénévolat et une détermination sans faille. Au fil des années, il gagne en ampleur, en visibilité et en crédibilité. Il devient un rendez-vous incontournable, autant pour les artistes que pour les professionnels de l’industrie.
Cette première initiative en appelle d’autres. Fabienne Colas crée ensuite la Fondation Fabienne Colas, qui soutient les artistes noirs à travers des programmes de formation, de mentorat et de développement professionnel. Elle lance des festivals à Toronto, Halifax, New York, Port-au-Prince. Chaque fois, la logique est la même : créer des espaces où les artistes noirs peuvent présenter leur travail, réseauter, se professionnaliser et accéder à des opportunités qui leur sont souvent refusées ailleurs.
Son travail est reconnu à l’échelle nationale. Elle reçoit plusieurs distinctions, dont le Prix de la personnalité de la semaine de La Presse, et devient une voix incontournable lorsqu’il est question de diversité culturelle au Canada. Elle intervient dans les médias, participe à des panels, rencontre des décideurs. Elle insiste sur un point : la diversité n’est pas un slogan, mais un travail concret, qui exige des ressources, des politiques et une volonté institutionnelle.
Ce qui distingue Fabienne Colas, c’est sa capacité à conjuguer vision artistique et stratégie organisationnelle. Elle comprend les réalités du milieu culturel, mais aussi celles du financement, de la gouvernance, de la gestion. Elle navigue entre ces univers avec une aisance rare. Elle sait que pour que les artistes noirs puissent exister dans l’industrie, il faut des structures solides, des partenaires, des programmes, des réseaux. Elle consacre donc autant d’énergie à la création artistique qu’à la construction d’écosystèmes durables.

Dans ses interventions publiques, elle parle souvent de son parcours d’immigrante. Elle rappelle que son engagement est né d’un manque personnel : l’absence de rôles, l’absence de représentations, l’absence de modèles. Elle dit que ce manque n’était pas seulement le sien, mais celui de toute une génération. Elle dit aussi que le changement ne se fait pas en un jour, mais qu’il commence par une initiative, puis une autre, puis une autre encore.
Aujourd’hui, les festivals qu’elle a fondés accueillent des milliers de spectateurs chaque année. Ils mettent en lumière des centaines de films, d’artistes, de créateurs. Ils contribuent à transformer la perception du cinéma noir, non pas comme un genre, mais comme une diversité de voix, de styles et de récits. Ils participent aussi à une conversation plus large sur l’inclusion, la représentation et l’équité dans les industries culturelles.
Fabienne Colas n’a jamais cherché à devenir une figure publique. Elle voulait simplement créer un espace qui n’existait pas. Mais en le faisant, elle est devenue l’une des architectes les plus importantes de la diversité culturelle au Canada. Une femme qui a compris que pour changer un système, il faut commencer par bâtir les structures qui lui manquent.
Sara Balogun







