Eugénie Dossa-Quénum est une écrivaine béninoise résidant en région parisienne. Titulaire d’un diplôme en administration et en économie de la santé, elle est également ingénieure en biotechnologie, biologiste, conférencière et chercheuse indépendante en sciences politiques et sociales. Elle est membre de la ligue internationale des femmes pour la liberté et la Paix et de médecins du monde, ce qui témoigne de son engagement envers ces causes. Son parcours est véritablement inspirant et diversifié.
Gény petit ange sorcier du Bénin est le titre du premier tome de la biographie romancée en deux parties de l’autrice. Elle y raconte l’histoire incroyable d’une petite vendeuse sur les marchés de Cotonou qui, grâce à sa détermination et son talent, a réussi à se hisser jusqu’à la tribune des Nations Unies à Genève. Dans ce récit captivant, l’auteure parvient à faire revivre la petite fille qui aspirait tant à apprendre et à s’instruire. Tant d’obstacles se dressent entre la petite Gény et son rêve, mais elle les surmontera grâce à sa détermination, à son courage et au soutien inébranlable de sa mère. Cette histoire captivante m’a transporté dès les premières pages, et c’est avec émotion que j’ai suivi les aventures de notre héroïne, atteignant un dénouement émouvant dans les dernières pages.
Cet ouvrage permet de sensibiliser les lecteurs sur différents enjeux. Tout d’abord, il s’agit d’un véritable plaidoyer pour la scolarisation des filles dans le monde. Au Bénin, bien que la scolarisation des filles ait considérablement augmenté entre 2000 et 2020, elle demeure un défi important pour l’État et ses partenaires, comme l’Institut national de la femme. Il reste encore beaucoup à faire pour faciliter l’accès et le maintien des jeunes filles à l’éducation, en particulier dans les zones rurales. L’installation d’équipements adaptés, dont l’efficacité a été démontrée, est l’une de ces mesures. Il est essentiel de mener une lutte sans merci contre le harcèlement sexuel, les grossesses précoces et les mariages forcés dans les écoles.
Les personnages mis en scène par l’autrice vivent des situations liées à des problématiques sociales peu abordées, à mon avis : le travail des enfants et la monoparentalité. Le parent en grande difficulté financière peut décider de confier son enfant à un parent plus aisé qui le recueillera dans un esprit de solidarité familiale. Malheureusement, ce placement devient souvent un véritable cauchemar pour cet enfant soumis et maltraité par son tuteur malveillant. En effet, un grand nombre de ces enfants placés sont déscolarisés et contraints au travail forcé. Cette pratique abominable des « vidomegon » entache sérieusement la réputation des Béninois sur la scène internationale, car elle est exportée dans d’autres pays, tels que le Gabon ou le Congo, par exemple.
La place des langues africaines constitue un aspect qui m’a particulièrement intrigué dans ce récit. Il n’est pas rare de trouver au Bénin, comme notre petite Gény, quelqu’un qui comprend et parle jusqu’à cinq langues africaines, et cela n’est absolument pas valorisé. De nombreux enfants africains éprouvent d’énormes difficultés à étudier dans la langue de l’ancien colonisateur, qui a été imposée comme langue nationale. On peut légitimement se demander combien d’entre eux réussiraient mieux s’ils pouvaient apprendre dans leur langue maternelle africaine. J’ai eu beaucoup de plaisir à voir certains États africains engager récemment des réformes en ce sens.
Finalement, ce récit est porteur d’espoir et nous fait éprouver beaucoup de tendresse pour la petite Gény, mais aussi pour sa merveilleuse maman qu’elle décrit ainsi : « une femme possédant une intelligence du cœur et une forte personnalité » ; « d’une éternelle bonne humeur prenant toujours la vie du bon côté ». «Elle nous avait élevés avec beaucoup d’affection alors qu’elle-même n’en avait pas reçue.» Il est certain que l’on peut surmonter tous les obstacles grâce à l’amour et au soutien d’un parent bienveillant.
Ayaba







