Luccia Ongouya assume un parcours « non linéaire ». Après un bac scientifique obtenu à Dolisie, deux années de classes préparatoires en biologie en Côte d’Ivoire et un cycle d’ingénieur en assurance, elle opère en 2023 une reconversion vers la Culture et la Communication. « J’ai toujours eu un cœur qui bat pour la culture, la littérature et l’histoire », confie-t-elle. Ce virage n’est pas une rupture, mais un retour à ce qui l’habite depuis l’enfance.
Car Luccia a grandi à Owando, dans un Congo encore rural, sans électricité, où les soirées se déroulaient sous le clair de lune, rythmées par les récits des anciens. « Les histoires racontées en famille ont façonné ma vision du monde », dit-elle. Cette immersion précoce dans la tradition orale devient la matrice de son engagement. Elle résume son lien au pays d’une phrase devenue signature :
« On ne choisit pas son pays, c’est lui qui nous choisit. Le Congo m’a tout donné, je lui rends ce que j’ai. »
Tisser, transmettre, valoriser : une mission culturelle
Luccia se définit comme une « tisseuse d’histoires ». « Je prends des fragments de la société et je les agence pour en faire un récit », explique-t-elle. Écrivaine autant que médiatrice culturelle, elle puise dans les mythes, les légendes, les figures historiques et les identités ethniques pour valoriser la mosaïque congolaise.

« L’identité congolaise est l’ensemble de nos identités ethniques. C’est en les connaissant toutes que l’on valorise le pays. »
Son travail commence avec des moyens modestes : un téléphone, une connexion internet, une volonté farouche. Aujourd’hui, entourée d’une petite équipe, elle a lancé une cagnotte pour acquérir du matériel et mener des projets de terrain. « Nous voulons arrêter de puiser dans nos ressources personnelles et passer à un autre niveau », affirme-t-elle.
Dans un monde globalisé où les modes de vie circulent à grande vitesse, Luccia voit un risque : la perte des racines. « Le danger, c’est d’adopter tout ce qui vient de l’extérieur sans avoir quoi que ce soit de soi », analyse-t-elle. Pour elle, la culture est un repère, un socle, une colonne vertébrale. Pour elle : « La culture, c’est ce qui définit un homme et le positionne parmi les autres. »
Défis, inspirations et vision pour demain
Documenter l’histoire congolaise n’est pas un long fleuve tranquille : certaines sources écrites sont rares, parfois inexistantes. Luccia s’appuie alors sur les livres, mais aussi sur les détenteurs de savoirs, ces voix vivantes qui complètent les archives manquantes.
Trois femmes congolaises nourrissent particulièrement son engagement :
Sa mère, Nadège ONGOUYA : modèle de sagesse traditionnelle et d’intelligence.
Mambou Aimée Gnali : première bachelière de l’AEF. Ministre de la culture, actrice très importante pour l’éducation et la culture.
Rosalie Kama Niamayoua : modèle de rigueur au féminin
La sororité occupe une place essentielle dans son parcours. « Quand des femmes bien dans leur peau se mettent ensemble, c’est une force immense », affirme-t-elle.
Lucia rêve d’un Congo qui s’approprie pleinement sa richesse culturelle. « Le Congo a une culture extrêmement riche. Il faut que les Congolais s’en imprègnent et la valorisent. » Elle encourage les femmes à s’engager dans la transmission, convaincue qu’elles en sont les premières actrices. Et si culture et éducation ne promettent pas le bonheur, elles émancipent, dit-elle, et « font des individus de véritables acteurs de changement ».
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Son équipe et elle sont joignables via leurs réseaux sociaux, un numéro professionnel (+33 6 05 63 85 68) et une adresse mail : lucciaongouya@gmail.com.
Propos recueillis par Nathasha Pemba







