Hope Ibyimanishaka : faire pousser la beauté noire au cœur de Québec

Photo : Page Facebook Hope Ibyimanishaka

Quand Hope Ibyimanishaka parle de Québec, sa voix se teinte d’une douceur rare, celle qu’on réserve aux lieux qui nous ont façonnés. Elle y est arrivée à neuf ans, une enfant rwandaise déposée dans une ville froide, lumineuse, déroutante. Vingt ans plus tard, elle en parle comme d’un territoire intime, d’un espace où elle a grandi, appris, cherché sa place, et où elle a finalement décidé de laisser une empreinte.

« Je suis d’origine rwandaise, mais j’ai grandi ici. Cette ville me tient à cœur. Je veux continuer à m’impliquer », confie-t-elle, avec cette sincérité tranquille qui la caractérise.

Hope n’a pas fondé Uzuri Naturalis par hasard. Elle l’a fondée parce qu’elle savait ce que c’était que de chercher, pendant des années, des produits adaptés à ses cheveux crépus dans un marché qui ne la voyait pas. Elle l’a fondée parce qu’elle voulait que les jeunes filles noires de Québec, celles qui lui ressemblent, celles qui arrivent aujourd’hui comme elle est arrivée hier, n’aient plus à se sentir en marge de leur propre beauté.

« Je suis la fondatrice de l’entreprise Uzuri Naturalis. Ce sont des produits conçus spécifiquement pour le cheveu crépu et sec avec des ingrédients naturels », explique-t-elle, avec la fierté discrète de celles qui bâtissent avec intention.


Dans un marché saturé de promesses artificielles, Hope a choisi la voie de la simplicité et de l’authenticité : des ingrédients naturels, des formulations pensées pour hydrater, nourrir, réparer. Mais derrière les flacons, il y a un projet plus vaste : redonner aux cheveux crépus leur dignité, leur beauté, leur légitimité.

Uzuri, « beauté » en swahili, n’est pas seulement un nom. C’est une déclaration.

Hope aurait pu s’installer ailleurs, viser d’autres marchés, chercher des environnements plus diversifiés. Mais elle a choisi Québec. Par fidélité. Par conviction. Parce qu’elle sait que l’impact est plus fort lorsqu’il s’enracine là où l’on vit. Elle s’implique, elle crée, elle rassemble. Elle participe à une transformation douce, mais essentielle : celle qui consiste à rendre visible une beauté longtemps ignorée, à offrir des solutions là où il n’y en avait pas, à faire de la diversité un geste quotidien plutôt qu’un slogan.


Hope Ibyimanishaka appartient à cette génération de femmes afro qui ne cherchent pas seulement à entreprendre, mais à réparer, à transmettre, à ouvrir des portes.
Avec Uzuri Naturalis, elle ne vend pas seulement des produits : elle offre un espace de reconnaissance, un miroir où les femmes noires de Québec peuvent enfin se voir telles qu’elles sont, belles, légitimes, complètes.

Apprendre à valoriser ses cheveux, c’est aussi affirmer son identité. C’est à travers ce processus qu’on apprend à développer une fierté naturelle et qu’on édifie son estime. Quoi qu’il reste du chemin à faire, je suis vraiment contente de voir à quel point l’image du cheveu afro a évolué. Les représentations positives dans les médias, les réseaux, les livres ne cessent de se multiplier et les mentalités évoluent.

Ibyimanishaka Hope


Au-delà de Uzuri Naturalis, Hope a imaginé un autre espace où les identités, les savoir-faire et les cultures peuvent se rencontrer autrement : le Salon Multiculturel & Écologique. Ce projet, qu’elle a fondé avec la même conviction que son entreprise, est né d’un désir profond de créer des ponts dans une ville où la diversité gagne encore à être célébrée. Le salon se veut un lieu de mise en valeur des artisans issus de différentes communautés, un marché vivant où l’on découvre des produits écoresponsables, des initiatives locales et des voix souvent invisibilisées. Pour Hope, c’est une manière d’ancrer son engagement dans le tissu social de Québec : offrir un espace où l’on se reconnaît, où l’on apprend des autres, où l’on tisse un avenir plus vert et plus inclusif.

Dans cette ville qui l’a accueillie enfant, Hope construit désormais un avenir à son image : ancré, lumineux, et profondément engagé.

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