Ce récit collectif, écrit à la première personne du pluriel, explore en profondeur l’existence de ses « Brown girls » sous tous ses aspects, depuis leur venue au monde jusqu’à leur ultime souffle. Il brosse le portrait de l’évolution des États-Unis, depuis l’époque où leurs parents y ont émigré jusqu’à l’Amérique de Donald Trump, de moins en moins ouverte à la diversité. Certaines resteront fidèles à leurs racines, tandis que d’autres s’assimilent davantage à la culture américaine, dans laquelle elles ont grandi. Beaucoup d’entre elles quitteront le quartier pour poursuivre leurs études, et plusieurs d’entre elles épouseront ensuite des personnes en dehors de leur communauté. C’est à la fois un roman sur la disparition des origines et sur la recherche identitaire des descendantes d’exilés. L’auteure, à travers la voix de ses héroïnes, aborde des thèmes tels que la quête identitaire, la recherche du bonheur ainsi que celle de l’amitié entre femmes. En effet, malgré des trajectoires différentes, l’amitié de ces jeunes filles d’immigrants persiste au fil du temps. Le roman évoque aussi leurs relations souvent distantes avec les garçons de leur communauté, dont les vies sont marquées par davantage de chaos.
Même si le choix audacieux de la première personne du pluriel peut déstabiliser le lecteur au début, je crois que cela renforce grandement l’identification avec les personnages et donne un excellent rythme et une grande puissance à ce roman polyphonique. La thématique de l’identité et ce style narratif atypique m’ont fait penser au merveilleux roman de Bernardine Evaristo Fille femme autre.Dans ce roman choral abondant, écrit sans ponctuation, l’écrivaine britannique nous fait pénétrer dans les récits de douze femmes noires remarquables, issues de différentes générations et évoluant dans des milieux variés, qui cherchent leur identité et le bonheur.
Le passage du roman qui m’a le plus touché est celui qui relate la découverte du pays d’origine. Chaque année, de nombreux enfants d’immigrés, nous, nous confrontons à nos fantasmes alimentés par les récits nostalgiques de nos parents et à la réalité de nos terres d’origine. Certains d’entre nous prolongent leur séjour estival « au pays » aussi longtemps que possible, s’offrant ainsi plus d’occasions de comprendre et d’apprécier cet espace à la fois familier et énigmatique. De plus en plus de personnes s’imaginent faire le trajet inverse de celui parcouru par leurs ancêtres. Nous revenons tous avec le cœur rempli d’émotions qui échappent à notre compréhension.
« Nous partons toujours. Partir est dans notre sang. Mais revenir est peut-être aussi dans notre sang. Pourquoi avoir cru que chez soi se résumait-il inévitablement à un seul endroit ? Alors qu’exister dans ces corps signifie porter en soi plusieurs mondes. Enfin, nous ouvrons les yeux (page 147).
Les filles comme nous de Daphné Palasi Andrades, traduit par Emmanuelle Aronson, Éditions Les escales, 2023
Ayaba







