Sonia Jacquet — Au cœur du silence, une femme qui tient le monde ensemble

À la tête de plusieurs entreprises en République du Congo, Sonia Jacquet fait partie de ces entrepreneures qui évoluent dans un environnement exigeant tout en assumant une charge familiale importante. Son parcours met en lumière un enjeu encore largement sous-estimé : la difficulté pour les femmes d’Afrique centrale de concilier responsabilités professionnelles et obligations domestiques.
Photo - Sonia Jacquet Page Instagram

Dans le paysage entrepreneurial de la République du Congo, le nom de Sonia Jacquet est souvent évoqué en association avec l’innovation, la gestion rigoureuse et la diversification. Fondatrice de S2J Agency, Kolia Express et Ndako Appart, elle s’est distinguée dans des domaines variés, allant de la communication numérique à la logistique en passant par l’hébergement. Son profil met en évidence une tendance montante en Afrique centrale : l’émergence de femmes entrepreneures qui, en dépit de contraintes structurelles importantes, réussissent à construire des entreprises solides et pérennes.

Dans une entrevue accordée à Africa Avenir, Sonia Jacquet a choisi d’aborder un sujet rarement traité dans les médias, soit la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Elle décrit ainsi un quotidien marqué par une pression constante de deux côtés. D’un côté, il y a les impératifs d’un marché caractérisé par la réactivité, la disponibilité et les décisions rapides. De l’autre, on trouve les responsabilités domestiques qui, dans la plupart des ménages, sont toujours principalement assumées par les femmes. Cette réalité aurait un impact direct sur le parcours des entrepreneures, leur vitesse de développement et leur aptitude à saisir certaines opportunités.

Mme Jacquet est convaincue que la pression sociale est un facteur décisif. Les femmes doivent être performantes au travail, présentes à la maison et s’impliquer dans la gestion de la maison. Cette attente, qui est profondément enracinée dans les conventions culturelles, entraîne une charge mentale considérable. Elle montre que cette pression ne se limite pas à la sphère psychologique, mais qu’elle a également des répercussions concrètes sur l’organisation du travail, la gestion du temps et la capacité à élaborer une vision à long terme.

Sonia Jacquet s’oppose à la vision réductrice de l’entrepreneuriat féminin comme une série d’écueils. Elle met de l’avant les techniques que les femmes utilisent pour s’adapter : flexibilité dans l’organisation, délégation, soutien par des réseaux et hiérarchisation rigoureuse des priorités. Dans ses propres entreprises, elle a introduit des méthodes de fonctionnement qui favorisent une meilleure répartition des responsabilités et une plus grande autonomie au sein des équipes. Cette démarche, selon elle, ne profite pas seulement aux femmes : elle améliore la performance globale de l’entreprise.

Le chemin entrepreneurial de cette femme démontre sa capacité d’adaptation. Grâce à S2J Agency, elle s’est positionnée sur le marché en pleine évolution du marketing numérique. Kolia Express répond à un besoin logistique croissant dans une économie où la mobilité des biens devient un enjeu majeur. De son côté, Ndako Appart offre des solutions d’hébergement adaptées à une clientèle locale et internationale. Ces trois entreprises illustrent une approche réaliste : identifier un besoin, concevoir une solution, professionnaliser un domaine.

Sonia Jacquet souhaite non seulement parler de son expérience personnelle, mais également amener les institutions, les décideurs et les milieux économiques à reconnaitre la spécificité des défis rencontrés par les femmes entrepreneures. Selon elle, l’accompagnement ne peut pas se limiter à des formations ou à des financements. Il doit inclure une analyse des facteurs sociaux, culturels et familiaux qui affectent la capacité des femmes à entreprendre. Elle milite pour une approche globale, qui tienne compte des réalités du terrain et des défis quotidiens.

Son intervention a ouvert un débat nécessaire en mettant en évidence un angle mort du discours sur l’entrepreneuriat féminin : la charge invisible qui pèse sur les femmes. Cette charge, même si elle a un impact important, est rarement prise en compte dans les politiques publiques ou les programmes d’accompagnement. En mettant en évidence cette vérité, Sonia Jacquet stimule une prise de conscience cruciale. Elle souligne que l’entrepreneuriat féminin ne se résume pas à une réussite personnelle, mais qu’il s’agit plutôt d’un enjeu de développement économique et social.

Aujourd’hui, son parcours est souvent utilisé comme un modèle de gestion stratégique et de résilience. Cependant, elle s’oppose farouchement à l’idée d’être considérée comme une exception. Elle met en évidence le fait que de nombreuses femmes, au Congo et dans d’autres régions d’Afrique centrale, mènent le même combat, souvent dans l’ombre. Son objectif n’est pas de se mettre en avant, mais de rendre visible un problème structurel qui entrave le développement de milliers d’entreprises. De ce fait, son engagement va largement au-delà du cadre de ses entreprises. Il contribue à une évolution des représentations et des pratiques.

Sonia Jacquet représente une génération de femmes qui ne dissocient plus leur vie professionnelle de leur vie familiale et qui cherchent à construire un modèle où les deux peuvent coexister sans s’annuler. Son témoignage éclaire d’une manière cruciale les réalités de l’entrepreneuriat féminin en Afrique centrale et ouvre la voie à une réflexion sur les conditions nécessaires pour permettre aux femmes de réaliser leur potentiel économique.

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