Le Salon du livre africain de Paris a une fois de plus été le théâtre d’une scène où la littérature se transforme en hommage, en résistance et en témoignage. Le samedi 21 mars 2026, l’Association des écrivains de langue française (ADELF) a décerné le Grand Prix Afrique 2025 à l’écrivain kino-congolais In Koli Jean Bofane pour son roman Nation cannibale, publié en 2025 aux éditions Denoël . C’est dans le cadre prestigieux de l’Hôtel de l’Industrie que l’événement s’est tenu. Une distinction qui souligne l’importance unique de l’écrivain dans le paysage littéraire francophone actuel.
Une cérémonie sous le signe de la reconnaissance
Isabelle Chevrier présidait la cérémonie, qui réunissait des écrivains, des éditeurs, des journalistes et des lecteurs pour célébrer une œuvre qui, depuis trois décennies, explore les fractures du monde actuel à travers le prisme de l’Afrique. Amadou Barry, dont la présence mettait en évidence l’importance de ce prix dans la cartographie des littératures africaines et de la diaspora, se tenait à ses côtés.
C’est dans l’atmosphère feutrée de l’Hôtel de l’Industrie que Bofane a reçu son prix, avec la retenue et l’humour qui le caractérisent. L’écrivain, qui vit en exil volontaire en Belgique depuis 1993, a exprimé sa gratitude pour la plateforme littéraire qu’est l’écriture, un espace de lucidité, de résistance et de liberté.
Un roman qui ajoute à une œuvre majeure
Dans son livre Nation cannibale, Bofane continue d’explorer les atrocités politiques, sociales et symboliques qui caractérisent les sociétés africaines postcoloniales. Grâce à son style unique, à la fois mordant, ironique et profondément humain, il met en scène une galerie de personnages marginaux, des figures récurrentes dans ses romans, qui mettent en évidence les rouages d’un monde globalisé où l’Afrique est souvent utilisée comme un miroir amplifiant.
Ce nouvel ouvrage s’inscrit dans la continuité d’une œuvre déjà saluée par de nombreux prix, dont le Grand prix littéraire d’Afrique noire en 2009 pour Mathématiques congolaises. Dans ce livre, Bofane poursuit sa réflexion sur la mémoire, la violence, le virtuel et les dérives du pouvoir, des thèmes qui irriguent également Congo Inc. Le Testament de Bismarck (2014) et La Belle de Casa (2018).
In Koli Jean Bofane : une voix majeure de la littérature africaine francophone se fait entendre.
Bofane est né le 24 octobre 1954 à Mbandaka, en République démocratique du Congo. Il fait partie de cette génération d’écrivains qui ont choisi l’exil pour s’exprimer librement. Après des débuts prometteurs dans la littérature jeunesse, il est rapidement devenu l’un des romanciers les plus importants d’Afrique centrale.
L’œuvre de cet auteur, récompensée et traduite dans de nombreuses langues, se caractérise par :
– Une écriture vive, empreinte d’ironie et profondément ancrée dans la politique, qui évite les généralisations simplificatrices ;
– Une capacité remarquable à tisser des liens entre les préoccupations intimes et les enjeux géopolitiques, entre les particularismes locaux et les questions globales ;
– Un regard perçant sur les formes de violence structurelle, qu’elles soient économiques, symboliques ou liées au souvenir.
Selon de nombreux critiques, Bofane est un écrivain qui rafraîchit le roman africain francophone en le plaçant au cœur des préoccupations du 21e siècle : mondialisation, progrès technologiques, flux migratoires, bouleversements politiques et paysages mentaux en constante évolution.

Un prix qui couronne un parcours et une détermination
En récompensant Nation cannibale, l’ADELF salue non seulement un roman, mais l’œuvre entière d’un écrivain. Celui-ci interroge, depuis plus de trente ans, les zones d’ombre du monde contemporain avec une lucidité rare. Ce prix, remis lors du 5e Salon du livre africain de Paris, souligne l’importance de Bofane dans la littérature francophone et dans la réflexion critique africaine.
À Paris, le 21 mars 2026, une constellation d’écrivains, d’éditeurs et de lecteurs a célébré un auteur dont la voix, grave et malicieuse, continue d’inspirer une littérature mondiale.
Karl-Emmanuel Makosso




