« Fermer les yeux ne suffit pas » : la mémoire douloureuse comme voie de reconstruction

Que faire des héritages toxiques ? Comment survivre à un père violent sans reproduire ses silences ? Avec Fermer les yeux ne suffit pas, Danny Émond explore cette zone trouble où la mémoire douloureuse devient paradoxalement la seule voie vers la reconstruction. Un roman âpre et nécessaire sur la transmission brisée.

Un héritage familial marqué par la violence et l’échec de la filiation

Le refoulement comme mécanisme de survie… et d’aliénation

Le titre même du roman, Fermer les yeux ne suffit pas, suggère l’impossibilité de fuir indéfiniment. Le narrateur l’a pourtant tenté, toute sa vie : « Fuir, c’est ce que je sais faire de mieux. Penser à autre chose, regarder ailleurs. »


Cette fuite est un mécanisme de défense psychique, mis en place pour survivre à la violence quotidienne. Fermer les yeux, c’est espérer que la douleur s’éteindra, que les larmes ne couleront pas. Le narrateur a appris à « tout retourner à l’intérieur », à se blinder émotionnellement, dans une posture de stoïcisme hérité du père :

« Pour être un fils digne de lui, j’ai évité de m’apitoyer. »

Mais ce refoulement n’est pas tenable. La mort du père agit comme un événement catalyseur : en vidant la maison, en touchant les objets, en respirant les odeurs du passé, le narrateur revit malgré lui les scènes enfouies, les terreurs d’enfance, les rares moments de tendresse. Chaque objet du garage devient support de mémoire involontaire, tel le célèbre épisode de la madeleine chez Proust. Ici, ce sont une moto, un couteau, une télévision, un aquarium, qui fonctionnent comme des métonymies du passé, déclenchant un travail de remémoration.

Ainsi, Fermer les yeux ne suffit pas montre que le déni du passé ne protège pas, mais alourdit, et que seul un retour vers la douleur permet de briser le cycle du silence.

Une reconstruction fragile à travers le récit de soi

IN FINE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous aimeriez lire également:

Didier Leclair : « Entre miel et fiel »

Dans Entre miel et fiel, Didier Leclair écrit comme on respire après une longue absence : avec urgence, avec tendresse, avec cette brûlure qui naît de l’exil et de l’amour. Ses poèmes sont des éclats d’âme, des fragments de lumière et d’ombre qui invitent le lecteur à ressentir avant de comprendre.

Lire plus

«Le bouton», Irène Rozdoboudko

Comme un film en quatre actes, Le bouton déroule la vie de Denys sous la lumière crue de l’histoire ukrainienne. Entre les montagnes, les studios moscovites et les rivages du Monténégro, Irène Rozdoboudko met en scène une passion qui dépasse la raison et finit par dévorer tout ce qu’elle touche.

Lire plus

«Je n’irai pas à la guerre», de Patrick Hénault

Que feriez-vous si l’on vous demandait d’aller à la guerre ? Refuseriez-vous, comme Roland, ou vous laisseriez-vous emporter par le cours de la vie, comme Vincent ? Patrick Hénault explore ces choix intimes dans un roman où le courage se mesure autant dans l’action que dans le silence

Lire plus

« Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant : Parce que c'était lui, parce que c'était moi. »

Publicité

un Cabinet de conseil juridique et fiscal basé à Ouagadougou au Burkina Faso

Devis gratuit