Brun- Kamal Al-Solaylee​

Dans cet essai, l’auteur entend alerter le monde sur la discrimination dont sont victimes les Bruns en même temps qu’il positionne son ouvrage comme le plaidoyer des Bruns. « Journaliste et auteur, Kamal Al-Solaylee a écrit pour des publications reconnues au Canada. Établi à Vancouver, il enseigne à l’école de journalisme, de rédaction et de médias de l’Université de la Colombie-Britannique. Son livre Intolerable: A Memoir of Extremes (2012) a été récompensé par Toronto Book Awards, tandis que Return: Why We Go Back to Where We Come From (2021) a été déclaré le meilleur livre de l’année par Globe and Mail et CBC Books. Son essai Brown a été finaliste en 2016 aux Prix littéraires du Gouverneur général dans la catégorie essais »[1].

Brun remet au centre de l’actualité la question de l’identité, mais cette fois-ci, il s’agit des Bruns qui ne sont pas souvent pris en considération, parce que le monde d’aujourd’hui semble être divisé entre les Blancs et les Noirs. Cette question identitaire de la race qu’Al-Solaylee analyse est construite entre le volet historique, montrant comment dans les pays occidentaux, aux USA et au Canada notamment, la logique identitaire basée sur les BRUNS a non seulement engendré la discrimination, mais aussi alimenté les discours racialistes, et le volet personnel. En effet, à partir de son parcours personnel et de son expérience journalistique, l’auteur fait le tour du monde en essayant de s’ancrer dans le débat politique contemporain.

Je crois qu’il existe une certaine expérience collective qui unit les personnes à la peau brune, les Bruns, malgré leurs différences géographiques, ethniques, nationales et culturelles. Nous sommes unis (et divisés en même temps) par le fait de ne pas être blancs. Ou noirs. […].
Être Brun dans le monde d’aujourd’hui, cela signifie de s’identifier aux récits et aux expériences de vie qui se déroulent avec des similitudes frappantes, malgré la différence des lieux et des contextes.

Ce livre, rappelle-t-il d’abord, « se veut un carnet de voyage ». Un voyage fait d’expériences ou la figure du Brun demeure présente; un voyage fait des rencontres sur la mémoire, les discours et récits mémoriels, depuis plus de 40 ans jusqu’à nos jours. Al-Solaylee cherche à mettre en avant un réalisme identitaire, afin d’expliquer le comment (et non de juger) du passé. C’est donc en s’appuyant sur ses reportages, mais aussi sur son expérience qu’il démontre que les Bruns sont là partout dans le monde et qu’ils ont une identité.

Aux États-Unis et au Canada, la peau brune suscite un type particulier d’animosité raciale qui diffère de celle qui frappe la communauté noire, en particulier lorsqu’il s’agit des jeunes hommes. Le racisme anti-brun est un mélange d’incompréhension culturelle, de peur religieuse et d’insécurité économique auquel s’ajoute une bonne vieille discrimination basée sur la couleur.

Cette considération du Brun montre que l’universelle humanité reste encore une utopie, un discours. De ce fait l’auteur tient à signaler que l’idée fondamentale de son ouvrage n’exclut aucun groupe social. Parler du point de vue des immigrants bruns est un choix pour mieux encadrer sa thématique. C’est donc sous cette lumière qu’il faut lire cet essai qui se veut comme « la volonté de vivre ensemble » en bannissant l’individualisme qui fragilise la communauté brune.

Kamal Al-Solaylee analyse la réactivation de la problématique des Bruns à partir des années 1974, à travers le cinéma, l’observation du monde, des lectures personnelles, les voyages et plus tard les reportages et les discours politiques. Il montre ainsi comment ces questions sont toujours d’actualité, même si la dualité Noir/Blanc a tendance à s’imposer. Il montre aussi comment la question des Bruns se déplace et revient dans diverses situations dans les pays comme les Émirats arabes unis, les Philippines, les États-Unis, la Grande-Bretagne, Trinidad, la France, Hong Kong, le Sri Lanka, le Qatar et le Canada (il s’intéresse aux Bruns d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, du Mexique et d’Amérique centrale, d’Asie du Sud et de l’Est).

 Il faut citer ici ce beau passage du livre :

Non, je ne me promène pas avec un catalogue de toutes les nuances de brun, et je ne mesure pas la peau des gens en fonction de ce guide pour déterminer qui peut être considéré comme brun et qui ne le peut pas. Pour moi, le brun n’est pas une définition littérale, mais expérimentale et le contexte est déterminant. En Amérique du Nord, il s’agit de sortir du cadre binaire noir et blanc.  En Europe, la brunitude est le résultat de l’héritage colonial et de la compatibilité (ou de l’incompatibilité) des différentes cultures avec les valeurs libérales occidentales.

Ce livre qui est à la fois un questionnement et un hommage aux Bruns ranime le sens de l’humain et rappelle, comme le disait si bien Gandhi, que « tous les hommes sont frères » et que la discrimination ou la mise à l’écart ne seront jamais la solution au vivre-ensemble.

Nathasha Pemba


[1] Résumé fait par les Éditions Hashtag (Quatrième de couverture)

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